Gilles Catherin nous explique dans l’interview qu’il a accordé à APICY les bénéfices santé que lui a apporté le vélo.
Il a appris à faire du vélo à 55 ans. Vingt ans plus tard, il monte au Col de la Faucille par la belle saison une fois par semaine ! Maintenant, il roule jusqu’à 3000 km par an !
En bonus, il partage son plaisir de rouler avec sa femme lors de dimanches ensoleillés.
APICY : Bonjour Gilles Catherin.
Gilles Catherin : Bonjour APICY.
A : Vous habitez Saint-Genis-Pouilly.
GC : Absolument.
A : Depuis combien de temps ?
GC : Ça fait une trentaine d’années.
A : Quel fonction aviez-vous dans la commune de Saint-Genis-Pouilly ?
GC : J’ai été Conseiller Municipal à la Culture.
A : On vous rencontre aujourd’hui pour parler du sport.
GC : Oui, que j’aime autant que la culture pratiquement. Aussi important à mes yeux en tout cas.
A : Et pourquoi le vélo ?
GC : Aaah ! C’est une histoire longue et courte en même temps.
A 55 ans, j’ai traversé une période professionnelle très critique. J’avais des grosses douleurs au genou, je fumais deux paquets de cigarettes par jour, et quand j’ai commencé à me lever la nuit pour fumer, je me suis dit « ou tu arrêtes, ou tu vas en mourir ». J’ai arrêté de fumer le lendemain, et j’ai acheté un vélo le jour-même.
Pour rester en forme, j’alternais vélo et piscine. J’ai pris goût au vélo en tant que tel, comme un vrai plaisir physique. J’en éprouvais une vraie jubilation. J’suis arrivé à faire jusqu’à 3000 km par an. Cette année, je ne sais pas encore car la saison ne fait que commencer.
A : Vous souvenez-vous de votre première sortie à vélo ?
GC : Oui, elle était épouvantable. Je m’étais lancé vers Crozet et après 300-400 m de montée, surtout que ça monte raide, je me suis effondré dans un fossé. J’arrivais plus à respirer, j’avais le cœur qui battait à toute allure… C’était horrible. Je me suis dit : « Je ne vais plus refaire de vélo, ce n’est pas pour moi… ». Mais je l’ai repris, et j’ai recommencé les jours suivants. Ç’a été miraculeux pendant cette période de stress. Tous les soirs en rentrant, je prenais mon vélo pour des petits tours au début. Ç’a eu un effet magique sur mon état moral, psychique, nerveux et physique. Comme c’était très gratifiant, je me suis pris au jeu.
Chaque fois, j’essayais d’aller un peu plus loin… J’arrivais à faire un tiers de plus par mois à chaque fois. C’était un exploit. Jusqu’à ce que j’arrive à la route forestière. Ça fait quand même 500 m de dénivelé ! Et ça monte, à peu près, à 9-10%, comme le Col de la Faucille. Donc c’est l’équivalent de la moitié de la montée du Col quand on arrive sur la route forestière, au niveau du parking du haut. J’ai pris un tel plaisir à faire du vélo que je suis devenu ambitieux en me lançant dans des expéditions beaucoup plus longues.
J’avais un collègue à l’époque, un collègue élu, Jean-Yves Tainturier, qui est membre de l’APICY, qui m’accompagnait. Ça me motivait beaucoup parce qu’il était très sportif. Ensemble, on a attaqué la Faucille, et puis, de la Faucille, on a attaqué la boucle jusqu’au Jura en redescendant côté Suisse. Ensuite, on a attaqué le Vuache. On a fait des bouts de 80-90 km ainsi que toute la boucle vers le long de la Valserine jusqu’à vers Bellegarde. C’est la plus longue que j’ai fait. Ça doit faire 95 km. Comprenant, malheureusement, la traversée du tunnel sous le Fort de l’Ecluse. Ça, c’est vraiment la roulette russe… Je préfère les parcours où il y a moins de camions.
A : Quel vélo utilisez-vous ?
GC : Au début, j’avais un vélo de route sportif, un beau vélo. J’ai commencé par un premier vélo à un prix très raisonnable, cadre aluminium. Après, j’en ai racheté un plus performant. Maintenant, j’en ai un en fibre de carbone. Un très beau vélo. Quand on se prend au jeu comme ça, il y a un grand plaisir d’avoir un beau vélo. C’est un peu ridicule de vouloir un vélo léger pour aller vite alors que c’est moi qui suis lourd (rires)… Et puis j’ai aussi un très beau VTT. Enfin maintenant il a un peu de l’âge, mais quand je l’ai acheté, c’était un vélo très performant.
J’aime bien aller vite (rires) ! Je suis arrivé jusqu’à 75 km/h sur mon vélo de route en descendant sur la Suisse vers Saint-Cergue. La route est parfaite. C’est très enivrant. C’est complètement ridicule de faire ça, mais… (rires gênés). Quand on arrive en bas, il y a une très grande descente, tu tournes à droite pour aller sur Divonne. Mais si tu veux, avec mon poids et le vélo que j’ai… Ce n’est pas très compliqué d’arriver vite (rires)… Vous, vous auriez du mal à arriver à cette vitesse, et Brigitte, ma femme, elle aurait aucune chance et alors que moi, forcément…
A : Donc il y a aussi le côté adrénaline, ce côté excitant de savoir qu’il y aura une descente après la montée ?
GC : Ah oui, complètement. Il y a l’adrénaline sur certains sentiers VTT où je vais très vite dans les descentes, il y a le plaisir de l’effort en tant que tel… C’est pour ça que le vélo électrique… J’ai du mal à comprendre parce que pour moi le vélo, c’est le plaisir de l’effort, c’est essentiel… Selon moi.
A : Vous avez pu tester les différentes pistes installées à Crozet (Monts-Jura) depuis 2 ans ?
GC : Oui, une. Je pense que les vertes sont pas mal, mais les autres sont vite assez difficiles. Ça permet de faire un type de vélo différent. J’en ai essayé une autre piste plus difficile, et quand je me suis vu perché, je me suis dit « non ! » (rires) et je suis reparti pour prendre la verte.
J’ai eu peu d’accidents mais j’en ai eu un assez sérieux… Je rentrais d’un voyage en avion, j’étais très fatigué et j’ai voulu sauter sur mon vélo tellement j’étais content de revoir la forêt. Je ne sais pas ce qu’il y a eu, je suis tombé je ne sais pas comment, et quand j’ai repris mon vélo, je pensais être un enfant. Je me rappelais plus d’où j’étais, je ne savais plus mon nom, je ne savais plus mon âge, j’arrivais plus à lire les panneaux ! Il m’a fallu plus d’une heure pour arriver à être capable à lire un panneau à nouveau et à retrouver mon chemin…
A : Comment vous sentez-vous maintenant, après vingt ans de pratique de vélo ?
GC : Le médecin qui me traite à la maison médicale me dit que c’est presque miraculeux. Je m’amuse à dire que je pourrais être une source d’articles scientifiques parce qu’à l’époque où j’ai commencé le vélo, j’avais des problèmes de genou : il se bloquait, j’avais de grosses douleurs… et même pédaler ça m’était difficile au début parce que, dès que je le pliais dans un certain angle, ça m’était très douloureux. Quand je devais rester debout longtemps, j’avais le genou qui enflait. Le médecin voulait vraiment m’opérer. Il m’a dit que dans deux ans max, il faudra me mettre une prothèse… Je n’étais pas emballé. Entre le vélo et la piscine, ce qui a contribué à ma perdre du poids, ma condition médicale s’est améliorée. Maintenant, je n’ai plus guère de problèmes.
Le médecin m’a expliqué qu’on muscle son genou, ça permet de restaurer son ménisque. Il repousse. Moins bien et de façon moins complète que ton cartilage initial mais ça permet de le reconstruire.
A : Le vélo vous a donc changé la vie ?
GC : Grandement ! J’adore partir avec mon vélo au petit matin. Tous les sens sont touchés. Ça me procure un grand bien-être, mais quand même une grande fatigue, j’avoue. Avec l’âge, je récupère plus lentement. Maintenant, quand je fais la Faucille ou une grande boucle… Faut pas trop me solliciter le reste de la journée (rires). Comme je le disais, à l’époque, j’appréhendais les moments où je devais rester debout un certain moment. Maintenant j’ai un excellent rythme cardiaque, ma tension est idéale pour quelqu’un de mon âge.
A : Quel âge avez-vous ?
GC : J’ai 76 ans. Enfin, j’aurai 76 ans au mois de septembre. J’ai conscience que je ne les fais pas surtout quand je suis à vélo (rires).
A : Partagez-vous cet amour du vélo avec Brigitte, votre épouse ?
GC : Bien sûr ! Souvent le dimanche, quand il fait beau, une de nos sorties préférées c’est d’aller pique-niquer à l’ancienne boîte de nuit le Tiocan, à Thoiry. Donc on monte jusque là à vélo et on pique-nique face au Mont Blanc. Et c’est sympa, on ne s’en lasse pas. C’est une activité qu’on peut partager. Pour monter, Brigitte monte plutôt mieux que moi…
Brigitte Catherin : « Plutôt » ?
GC : Elle monte nettement mieux que moi (sourires complices), mais tu ferais moins de distance je pense, non ?
BC : Oui.
GC : Mais en descente, tu es plus légère, donc tu vas moins vite que moi.
En faisant du vélo, Brigitte et moi, on arrive vraiment à se mettre au même niveau, parce que c’est difficile de trouver un sport qui convient aux deux. On peut vraiment partager, sans que l’un se sacrifie à l’autre. Le vélo, c’est parfait.